actualité
Fête de la musique 2010
Concert en l'église de St-François à Lausanne le 21 juin à 20h
 
Un parcours dans la musique polyphonique du XXe et XXIe siècles
 
Max Reger "Geistliche Lieder op. 138"
Arnold Mendelssohn "Motetten op. 81"

Arnold Schönberg "Drei Volkslieder op. 49"
Luigi Dallapiccola "Coro delle malmaritate"

 
Max Reger (1873-1916) - que Brahms lui-même considérait comme son plus digne successeur - appartient au groupe de musiciens qui ont assuré la transition entre les derniers romantiques et Hindemith. Il fait partie des compositeurs allemands du tournant du XXe siècle qui, comme Ferrucio Busoni, Hans Pfitzner, Alexander von Zemlinsky ou Franz Schrecker, sont aujourd’hui trop souvent éclipsés par Mahler, Schoenberg et Strauss. Très actif comme compositeur, pianiste et organiste, il succéda à Rheinberger à l’Akademie der Tonkunst de Munich. Bien qu’il ait produit des œuvres significatives dans les domaines de la musique de chambre, du lied, de la musique chorale et symphonique, c’est grâce à ses œuvres pour orgue que Reger doit d’être passé à la postérité.
Sa musique, d’esprit conservateur sans pour autant être académique voulut renouveler la grande tradition de la vieille polyphonie allemande. Bavarois catholique (« jusqu’au bout des ongles », disait-il), il a écrit indifféremment pour les deux cultes, accordant au choral luthérien une place inégalée depuis Bach (« Les protestants ne savent pas quel trésor ils possèdent avec leurs chorals »). Les huit Geistliche Gesänge (Chants Sacrés) op. 138 composés en septembre 1914 adoptent un style dépouillé, le plus souvent homophonique permettant une mise en valeur du texte qui les rend aptes à l’utilisation quotidienne dans le cadre du culte luthérien, les textes étant tous extraits du Psautier allemand. Il s’agit là d’un merveilleux hommage rendu aux chorals luthériens, ou plus simplement aux chorals de Bach, « l’alpha et l’oméga de la musique », selon Reger.
Son ami Karl Straube nous dis: "Je n'oublierai jamais l'expression de son visage. C'est la plus étonnante que j'aie jamais vue sur une face humaine. En chemin pour un pays inconnu, il doit avoir eu de puissantes visions. Et peut-être a-t-il eu des entretiens mystérieux avec son Dieu en personne, sur le sens et le but de sa vie. Et Dieu a reconnu en lui un de ses loyaux serviteurs. Car c'est justement cela qui caractérise la personnalité et l'art de Reger; il comprit toujours ce qui avait vraiment de la valeur dans les choses surnaturelles et spirituelles. Les grandes valeurs de sa vie étaient liées aux choses religieuses".
Arnold Mendelssohn (1855-1933), cousin de deuxième degré de Felix Mendelssohn-Bartholdy, fut un compositeur prolifique et un pédagogue expérimenté, dont la musique fut entièrement bannie par le Troisième Reich et ensuite simplement oubliée dès la fin de la deuxième guerre.
D’un point de vue historique, Mendelssohn fut non seulement un musicien de talent, mais également un maître et un modèle pour toute une nouvelle génération de compositeurs de l’école de Francfort. On compte parmi ses élèves Guenther Raphael, Josef Knettel, and Reinhard Oppel, mais surtout Paul Hindemith. Presque la moitié de sa production (qui compte, parmi ses numéros d’opus, trois symphonies, trois quatuors, trois opéras, plusieurs sonates, divers motets sacrés et cantates profanes) demeure aujourd’hui encore inconnue et ses partitions restent un terrain favori de recherche pour les musicologues et les éditeurs.
Il est à remarquer que sa musique vocale sacrée s’insère dans le contexte de reforme et de renouveau de la musique sacrée et liturgique des églises évangéliques allemandes du début du XXe siècle.
Musicien, compositeur et peintre américain d'origine autrichienne, Arnold Schoenberg (1874-1951) est rattaché à l'expressionnisme germanique, tant par sa musique que par son œuvre de peintre. Autodidacte et théoricien avant d'être compositeur, il fonde autour de 1900 avec plusieurs de ses élèves, notamment Alban Berg et Anton Webern, la seconde École de Vienne, et écrit des œuvres qui montrent l'assimilation de la leçon de Richard Wagner et Richard Strauss (La Nuit transfigurée, 1899).
En 1912, il met en place pour son Pierrot lunaire le Sprechgesang (chant parlé), qui sera repris par Stravinsky, Ravel ou Darius Milhaud. Maître de la musique atonale (terme qu'il refusera de son vivant, lui préférant plutôt « musique à douze sons »), il fonde à partir de 1923 sa composition musicale sur la notion de série. En 1933, le compositeur doit fuir le nazisme et s'établit aux États-Unis, où il développe le dodécaphonisme et survit grâce à des mécènes.
Outre ses compositions qui révolutionnent la musique du XXe siècle, Schoenberg rédige de nombreux ouvrages, non seulement des ouvrages théoriques sur la musique (notamment le Traité d'harmonie), mais aussi des pièces de théâtre, de la poésie, ainsi qu'une correspondance abondante. Il fut également un peintre reconnu, et, à partir de 1907, commença à produire des toiles de manière intensive. Il exposa notamment à Munich en 1911 aux côtés des membres du Blaue Reiter, Franz Marc et Vassili Kandinsky, qui comptait parmi ses amis.
 
Luigi Dallapiccola (1904-1975), pianiste et compositeur italien, est une des personnalités les plus marquantes, avec son contemporain Goffredo Petrassi, de la scène musicale italienne et européenne de la première moitié du XXe siècle. Étudiant au Conservatoire de Florence, il se passionne pour le Pierrot lunaire de Schoenberg, qui le bouleverse énormément lorsqu'il l'entend diriger par le compositeur en personne au palais Pitti en 1924, mais aussi pour son Traité d'harmonie, qui lui offre de nombreuses voies à défricher.
Influencé également par Alban Berg, Ferruccio Busoni et Anton Webern, il utilise néanmoins la technique des douze sons différemment de ses prédécesseurs viennois et l'adapte en employant des intervalles dissonants, caractéristiques de la musique sérielle (secondes, septièmes, neuvièmes), mais aussi des intervalles consonants.
Les Canti di prigionia (1938-1941) constituent, outre le premier témoignage important sur la résistance au pouvoir, les premiers pas de Luigi Dallapiccola dans la dodécaphonie. Son premier opéra, Il prigioniero (1944-1948), dont la durée rappelle Erwartung de Schoenberg (1924), témoigne de son engagement contre le fascisme et est écrit pour grand orchestre, chœurs, orgue, cuivres et un carillon en coulisse, et utilise parfois des haut-parleurs pour donner au son toute sa puissance, ce qui représente un geste hardi en 1948. Dans les années cinquante et soixante, il affine sa manière sérielle d'inspiration weberienne (Cinque canti, pour baryton et huit instruments), adoptant même certains traits propres au sérialisme d'après-guerre ; mais son œuvre ne sera jamais entièrement sérielle.